Rencontrer les enfants de son conjoint
Quelques conseils de psy
Rencontrer les enfants de son conjoint est une étape clé dans toute recomposition familiale, souvent source de questionnements et d’inquiétudes légitimes.
Cette interrogation revient systématiquement chez les « futurs beaux-parents », tant elle touche à des enjeux affectifs profonds, aussi bien pour les adultes que pour les enfants :
comment faire avancer son histoire amoureuse tout en préservant, autant que possible, l’enfant dans l’ouverture de ce nouveau chapitre familial ?
Comment, en tant que beau-parent, se faire accepter, rassurer, aimer ?
Comment, en tant que parent, montrer qu’on aimera tout aussi fort son enfant même si on refait sa vie ?
Il faut être honnête : on ne traverse jamais une recomposition sans remuer quelque chose chez l’enfant, et c’est tout à fait normal.
La rencontre réactive chez lui des peurs archaïques : perdre l’amour, perdre sa place, perdre ses repères.
La question n’est donc pas comment éviter, mais comment accompagner.
Voici un guide pour appréhender ce moment clé de votre histoire.
Prendre le temps, vraiment
La première rencontre entre un beau-parent et l’enfant de son conjoint n’est jamais anodine sur le plan psychologique.
Il n’y a aucune urgence à rencontrer l’enfant de son partenaire.
La précipitation mettrait une pression inconsciente et inadaptée sur lui.
Prenez le temps de construire votre couple, de le faire exister dans cet amour des débuts.
Vous avez besoin de remplir ces réserves affectives avant d’entrer dans le processus de recomposition.
Ce temps permet au couple de devenir un repère suffisamment stable avant d’introduire un nouvel équilibre familial.
Les changements d’organisation familiale demandent du temps, des ajustements, parfois des renoncements.
Chercher trop vite à « trouver sa place » revient souvent à forcer un mouvement qui a besoin de maturer.
AVANT : penser, préparer, contenir
Avant toute rencontre, un temps de réflexion et d’anticipation est essentiel.
Il ne s’agit pas seulement d’organiser un moment agréable, mais de comprendre les enjeux psychologiques de cette première étape :
l’introduction d’un nouveau membre dans un système déjà existant.
— Question centrale à se poser avant tout :
Qu’est-ce que vous espérez inconsciemment de cette rencontre ?
Du côté du beau-parent comme du côté du parent.
- Clarifiez votre vision du couple afin de déterminer ce que vous attendez réellement de cette rencontre.
- Vérifiez que l’enfant traverse une période émotionnelle relativement stable avant de planifier ce moment.
- Parlez de cette rencontre à l’autre parent biologique, par respect, mais aussi pour le préparer à l’intégration d’une nouvelle figure dans le paysage affectif de son enfant.
- Introduisez la relation progressivement, sur plusieurs semaines :
- « Papa a envie de refaire sa vie et j’aimerais que tu le comprennes. »
- « Papa aimerait rencontrer quelqu’un pour avoir à nouveau une vie amoureuse. »
- « Je vais te présenter ma nouvelle amoureuse et j’aimerais que tu l’accueilles bien, c’est-à-dire que tu puisses être gentil et essayer de t’y intéresser. »
- Choisissez une activité qui plaît à l’enfant et au beau-parent, afin que la connexion soit réelle et non forcée.
Privilégiez un format court : pas de soirée ni de nuit complète au départ. - Ayez des attentes réalistes : il s’agit d’une première étape.
Il en faudra des dizaines d’autres pour que quelque chose se construise réellement.
PENDANT : adopter la bonne posture psychologique
- Se mettre dans une posture d’accueil, ce qui implique de se décentrer de soi et du couple au profit de l’enfant, et de renoncer temporairement à certains besoins d’adulte (être validé, par exemple).
- Se présenter clairement et, au moment opportun, demander à l’enfant ce qu’il a compris de qui est le beau-parent.
- Contenir les démonstrations affectives du couple, au moins dans un premier temps, par respect pour le rythme émotionnel de l’enfant.
- Laisser le parent biologique à la barre des initiatives.
- Ne pas surstimuler les interactions : l’intention est avant tout de sécuriser l’enfant.
- Éviter d’évoquer le second parent biologique afin de faciliter l’intégration du beau-parent.
APRÈS : accompagner le travail psychique de l’enfant qui se poursuit
La rencontre ne se termine pas quand elle s’achève.
C’est souvent après que le travail psychique s’intensifie.
Des mouvements peuvent émerger : peur de perdre sa place, conflit de loyauté, inquiétudes diffuses, somatisations, cauchemars, paroles en apparence anodines.
Dans les familles recomposées, ces réactions sont fréquentes et ne doivent pas être interprétées comme un rejet du beau-parent.
Ces mouvements sont à contenir.
C’est alors le moment de mettre des mots là où l’enfant n’en a pas encore, en clarifiant les places et en désamorçant les conflits de loyauté ou d’abandon :
« Jeanne est mon amoureuse, mais elle ne sera jamais ta maman et ne souhaite pas prendre sa place.
Tu pourras apprendre à la découvrir. Elle est très gentille et, peut-être qu’avec le temps, tu auras envie de faire des choses avec elle.
Maman sait que je l’aime et elle est heureuse que tu l’aies rencontrée.
Et moi, mon cœur a tellement grandi que je peux aimer quelqu’un d’autre tout en t’aimant très fort toi aussi. »
NB : cette clarification est bénéfique même si l’enfant n’aborde pas explicitement le sujet, car le silence ne signifie jamais l’absence de travail intérieur.
- Prévoyez des rencontres courtes et régulières.
- Débriefez en couple, sans chercher à analyser l’enfant, mais en observant ce que cela vient toucher chez chacun.
- Acceptez que les liens évoluent, avancent, régressent parfois.
L’attachement n’est jamais linéaire, surtout en période de changement.
Rencontrer les enfants de son conjoint quand ce sont des adolescents
La prudence est encore plus nécessaire.
Certains adolescents ont un besoin marqué de distance affective pour tolérer la relation.
Respecter ce rythme est souvent la meilleure façon de favoriser un lien, qui s’organisera davantage autour d’un rôle d’adulte référent de confiance que d’une figure parentale.
Pour conclure, gardez en tête que ce n’est pas la rencontre en elle-même qui est déterminante, mais ce que les adultes feront des mouvements qu’elle suscitera.
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Prenez soin de vous et de votre famille,
Elvire Alessandrini