Noël en famille recomposée est souvent un moment délicat, où se rejouent des enjeux d’agenda, de loyauté, de place et d’équité entre les enfants. Dans cet article, je vous propose de comprendre ces enjeux et d’explorer des voies de dégagement possibles.
Êtes-vous crispée de devoir composer avec le planning de l’autre famille au moment où arrivent les fêtes de fin d’année ? Craignez-vous de devoir encaisser des comparaisons faites à haute voix par les enfants (« chez maman on peut ouvrir les cadeaux tout de suite ») alors que vous faites le maximum pour qu’ils passent un bon moment ? Ou peut-être que vous observez, bien malgré vous, des iniquités dans le traitement des enfants de la première couche et de la deuxième couche ?
Noël est la fête familiale par excellence. Elle est donc le moment où peuvent se cristalliser des conflits, des sentiments de rejet, des luttes de place et autres injonctions paradoxales inextricables pour tous les membres de la famille. Mais ce n'est pas parce que votre famille n'est pas celle de la pub Nutella que vous ne pouvez pas avoir un Noël féérique.
Dans les familles recomposées, Noël gagne à être anticipé : cela permet d’éviter de nombreuses tensions invisibles.
Clarifier le calendrier pendant Noël en famille recomposée
Pourquoi : amener du prévisible aux enfants (beaux-enfants ou non) permet de désamorcer les insécurités, les frustrations, et d’apaiser tout le monde.
Comment : un mini-calendrier partagé (qui, où, quand), heures d’arrivée/départ, activités et temps calmes prévus.
Exemple : « On fait le 24 chez nous, 18 h–22 h, avec une telle et un tel ; le 25 chez maman, 11 h–16 h ; départ de la maison à 10 h 30. »
Définir la place et la fonction de chacun le jour de Noël
Pourquoi : donner une place pour baliser le terrain évite des guerres de territoire.
Comment : qui cuisine, qui anime les jeux, qui met la table, qui lit l’histoire, qui gère les photos.
Exemple : « Camille (belle-mère) gère l’atelier bûche de Noël, Alex s’occupe des cadeaux, les enfants gèrent la playlist. »
Réaffirmer l’autorité symbolique des adultes pendant les fêtes
Pourquoi : formaliser les dynamiques invisibles des rapports adultes/enfants.
Comment : phrases bienveillantes qui balisent les rôles de chacun.
Exemple : « Camille et moi serons les commandants de navire, vous les moussaillons. Si vous avez des questions sur le déroulement de la croisière de Noël, vous venez nous les poser. »
Créer un rituel commun dans une famille recomposée
Pourquoi : créer de l’appartenance familiale ici et maintenant.
Comment : une tradition simple et neutre (et qui ne vient pas d'une "ancienne" famille).
Idées : la traditionnelle soirée en pull de Noël moche, une boule de Noël personnalisée par chaque membre de la famille, une virée au spectacle de la chorale de Noël. À décider avec les enfants, c’est encore mieux.
Garantir l’équité entre tous les enfants à Noël
Pourquoi : éviter les comparaisons, les impressions de désamour et les ressentiments.
Comment : définir un budget par enfant, avec des cadeaux offerts par le couple OU qui incluent les cadeaux du beau-parent (le budget des grands-parents devrait aussi être équilibré). Possibilité de mettre la différence sur un livret d'épargne !
Exemple : « 50 € max par enfant (possibilité de se cotiser si gros achat), pas de cadeaux “statut” (téléphone, console) sans accord des deux parents. »
Inclure les absents sans les sur-représenter
Pourquoi : reconnaître l’autre foyer de l’enfant est une preuve de maturité parentale et de solidité familiale.
Comment : définir au préalable avec l’enfant la façon dont il voudra envoyer une attention aux absents de sa famille élargie (grands-parents, parent biologique, deuxième beau-parent, demi-fratrie, etc.).
Exemples : une photo et un message de l’enfant pour souhaiter une bonne fête, un cadeau “maison” que l’enfant pourra offrir quand il verra son autre parent, un appel à heure fixée.
Éviter l’enfant invisible dans la fratrie recomposée
Pourquoi : éviter l’effet “enfant invisible” de certains membres de la fratrie.
Comment : chaque personne, une fois les cadeaux ouverts, a un temps de parole pour dire ce qu’elle a reçu, éventuellement par qui, et exprimer ses émotions.
(C’est ma belle-mère qui m’a initiée à ce rituel familial : déroutant au début, mais une jolie façon de donner de la place à tout le monde.)
Utiliser les jeux coopératifs pour renforcer la cohésion familiale
Pourquoi : idéal pour créer de la cohésion familiale, séparer les clans et créer de nouvelles alliances.
Comment : jeux de société en équipe, jeux d’habileté, défis sportifs, en créant des groupes qui cassent les allégeances habituelles.
Exemple : voici une vidéo de jeux coopératifs festifs pour vous inspirer
(Pardonnez-moi : certaines sont grivoises ; mais possible qu'elles plaisent à vos ados...!)
Mettre en place un signal d’entraide dans le couple parental
Pourquoi : se soutenir en couple quand une situation déborde (intrusion de l’ex, réflexion d’un enfant, maladresse de la famille, etc.).
Comment : un nom/un geste codé = on prend le relais.
Exemple : main sur l’épaule = « je gère, tu souffles ».
Faire un débrief après Noël en famille recomposée
Pourquoi : consolider ce qui a marché, ajuster le reste.
Comment : un échange lors d’un moment familial informel.
Exemples de questions : « Qu’est-ce qui t’a plu ? Qu’est-ce que tu as moins aimé ? Que garde-t-on la prochaine fois ? »
Et surtout, mettez de votre patte, de votre joie, de vos rêves d'enfant, de votre fantaisie, de votre chaleur de coeur !
Vivre Noël en famille recomposée demande de l’anticipation, de la clarté et beaucoup de souplesse. Ces ajustements simples peuvent transformer les fêtes de fin d’année en un moment plus sécurisant pour les enfants comme pour les adultes.
Si vous avez d'autres astuces, partagez-les à la communauté en laissant un commentaire ci-dessous.
Il est temps pour moi de vous souhaiter de magiques et joyeuses fêtes de fin d’année,
Prenez soin de vous et de votre équilibre familial,
Elvire Alessandrini
La psy des belles-mères
Crédit image : pexels ROMAN ODINTSOV