Belle-mère enceinte : pourquoi les beaux-enfants deviennent difficiles à supporter - éclairages et conseils de psy
Feb 05, 2026
Si vous êtes belle-mère et que vous souffrez dans votre recomposition depuis votre grossesse ou votre post-partum, avec l’arrivée de votre premier enfant, cet article est fait pour vous.
Belle-mère et grossesse : un bouleversement psychique sous-estimé
Pendant mes séances de psychothérapie, j’entends régulièrement des régressions dans la belle-matrescence -ce processus de la femme qui devient belle-mère- lors de la première grossesse et à l’arrivée du premier enfant. Mes patientes m’expriment une nouvelle vague de rancœur vis-à-vis de l’ancienne vie de leur compagnon, l’impression de ne pas profiter de leur grossesse autant que la plupart des futures mamans, et plus encore, un rejet honteux, parfois difficile à dissimuler, à l’égard de leurs beaux-enfants, emblèmes des contraintes qu’implique cette vie avec un homme déjà papa. Et c’est normal, parce que la grossesse favorise la remontée des conflits et frustrations à la conscience, on appelle cela la « transparence psychique » (Bydlowski, 1991).
Ainsi, quand une belle-mère est enceinte ou en post-partum en famille recomposée, elle peut ressentir :
- une irritabilité inhabituelle envers les enfants de son conjoint
- un besoin accru de solitude et de contrôle, pour maîtriser ce qui se passe en elle et ce qui va se passer à l'arrivée de bébé
- une culpabilité intense face à ses pensées
- un sentiment d’injustice ou de saturation émotionnelle
Comment comprendre les mouvements psychiques qui se jouent à l’arrivée du bébé du couple recomposé ? Et quelles pistes pour que chacun traverse au mieux cette transition ? Voici un éclairage valable dans la plupart des configurations. Et vous le verrez, si la future mère doit se consacrer à préparer sa maternité et l'arrivée de ce nouveau bébé, le parent biologique a un rôle de leader pour préparer l’externe : poser le cadre, tenir les limites et absorber la médiation avec l’ex-conjoint pour protéger la bulle mère-bébé. Plus le cadre sera maintenu, moins le post-partum en recomposition sera vécu avec violence.
Belle-mère, grossesse et post-partum en famille recomposée
- L’entrave de la préoccupation maternelle primaire.
Décrite par Winnicott en 1956, elle désigne la disposition d’une mère à hyper-investir, être hyper-vigilante et hyper-sensible aux besoins de son bébé, surtout du nourrisson entièrement dépendant d’elle dans les premiers temps de son développement. Cette préoccupation bâtit le lien mère-bébé, l’accordage et la sécurité nécessaires à l’épanouissement affectif de l’enfant.
Elle se développe au dernier trimestre (surtout le dernier mois) et diminue graduellement jusqu’aux environs de trois mois de post-partum, à mesure qu’un tiers (le conjoint, la famille, les amis, parfois le travail) prendra sa place dans l’intense lien mère-bébé pour le rendre moins exclusif. C’est ce fameux moment où le conjoint signifie à sa compagne qu’elle a, en plus de sa vie de mère, sa vie de femme à reprendre.
Or en recomposition, la présence des beaux-enfants et la logistique (rythmes, transitions, déplacements, partage d’espace) peuvent être perçues comme des interférences (pour ne pas dire des « parasites ») à la connexion et à la fusion mère-bébé, dès la grossesse et plus encore avec la charge hormonale du post-partum.
Comment aider ? S’autoriser de vraies bulles de ressources : sortir seule, intensifier des activités mère-bébé, passer quelques jours chez ses parents. Mieux se ressourcer pour mieux accueillir les temps avec les beaux-enfants, plutôt que les vivre sous contrainte.
- Atteinte de la nidification et de la triade « père-mère-bébé ».
Le besoin de nid (Missonnier, un de mes profs de fac !, 2007) – spatial, temporel, relationnel – est vital pour la femme qui donne naissance. Comparable à ce qu’on observe dans le règne animal, c’est ce moment où elle vient préparer le cocon pour lui permettre de faire grandir son petit, et où la présence de papa permet de faire développer le socle affectif nécessaire à une famille qui grandit. Les temps de garde peuvent être ressentis comme une menace de ce cocon, ce qui attise l’irritabilité envers les beaux-enfants, a fortiori si le cadre est flou ou si la politique (implicite ou non) est de faire passer les enfants en priorité lorsqu’ils sont présents.
Comment aider ? Discuter en couple comment préserver le cocon entre semaines avec et sans les enfants, sanctuariser certaines pièces ou temps pour la mère et le bébé, et reprendre ensemble les règles de savoir-vivre du foyer (et c’est plutôt à Monsieur de les faire respecter auprès de ses enfants).
- La blessure d’être « numéro deux » qui flambe.
Si le deuil du scénario « famille première » n’est pas achevé, la naissance ravive la douleur. Les ressentiments vis-à-vis de l’ex partenaire, la dette dirigée envers le conjoint, la colère des efforts, contraintes, sacrifices, l’injustice éprouvée par tout ce dont la recomposition nous prive, reviennent au-devant de la scène.
Comment aider ? Mettre des mots sur la jalousie, la rivalité, la honte sans s’auto-juger, repérer les déclencheurs (passages, ruptures de rythme, promiscuité) et prévoir des amortisseurs (relais, sas, désinvestissements temporaires).
- Charge mentale, temps et argent.
L’iniquité perçue cristallise tout le reste : qui fait quoi, quand, avec quel budget, et au prix de quel sommeil, au regard des responsabilités qui incombent à chacun.
Comment aider ? Planifier à l’avance l’organisation des six premiers mois de post-partum (soins au bébé, nuits, trajets), impliquer les enfants à hauteur de leur âge en valorisant leur rôle, inscrire au calendrier des plages de « me-time » pour chacun (sortez ici la carte « grands-parents ») et rediscuter la répartition financière si nécessaire.
Accueillir un nouvel enfant en recomposition pour un conjoint
- Culpabilité vis-à-vis des enfants.
J’en parle si souvent. À l’arrivée du nouveau-né, la culpabilité peut devenir assourdissante pour le papa : « se sentiront-ils rejetés ? trahis par moi ? Il faut que je les préserve d’un nouveau bouleversement et que je veille à leur assurer leur place ». Pourtant, dans toute famille, l’arrivée d’un nouveau membre réaménage de facto la place de chacun (c’est mathématique, une personne de plus dans le système modifie la zone d’occupation de tous les membres). Mais l’arrivée d’un nouveau membre de la famille n’est pas seulement une perte ; c’est aussi un gain.
Comment aider ? Travailler à se pardonner le fait que ses enfants aient des parents séparés : c’est un travail psychique inéluctable et fécond pour eux, s’il est accompagné avec clarté et bienveillance. Les enfants auront une petite transition identitaire à faire, celle de devenir frère ou sœur d’un enfant de plus, et vous pouvez les accompagner par des mots rassurants et de l’amour renouvelé.
- Conflits de temporalité.
Pour Monsieur, le passage identitaire d’« homme sans enfant à homme père » a déjà eu lieu, avec ses changements de rythme et ses aménagements. Alors que pour la belle-mère qui devient mère, la transition débute en décalage (même si la belle-matrescence prépare la matrescence, mais c’est un autre sujet !). Celui-ci peut être vécu comme une distance dans le couple, sans que Monsieur comprenne pourquoi. Si la compagne fait des réflexions tristes ou agacées telles que « on ne vit pas vraiment ça ensemble puisque tu sais déjà ce que ça fait d’avoir un enfant », saisissez-vous des conseils suivants.
Comment aider ? Multiplier les moments parents-bébé (in utero : haptonomie, massage prénatal, week-end « pré-naissance » ; après : ateliers bain sensoriel, massage, portage) et préparer ensemble la venue de l’enfant (chambre, sac, cours, rendez-vous médicaux). Enrichissez les discussions de vos souhaits de couple quand bébé sera là.
Enfants de mon conjoint et arrivée du bébé : quels bouleversements ?
- Vécu de rejet.
Selon la qualité des liens d’attachement et leur sécurité affective, le bébé à naître peut symboliser une exclusion pour les enfants du parent biologique : « quand le bébé sera là, on ne comptera plus ». Les relations avec la belle-mère/le parent peuvent devenir plus régressives, hostiles, ou désinvesties par repli protecteur. On peut aussi observer de l'hyper excitation, qui est une défense contre la tristesse ressentie.
Comment aider ? Expliquer que oui, un nouveau-né demande beaucoup de soins (« comme votre petit chaton, au début on s’en est beaucoup occupé »), tout en confirmant leur place dans vos cœurs. Organiser de beaux moments qualitatifs, qui seront moins nombreux, tout en augmentant les temps familiaux pour développer le « faire famille ». J’encourage à systématiser leur planification les semaines de garde.
Si les changements de comportement de l’enfant se chronicisent, demandez l’avis d’un psychologue pour enfant, peut-être qu’une angoisse de séparation latente, trop vive, nécessite un soin spécifique.
- Conflit de loyauté.
Aimer le bébé de papa peut sembler trahir maman. Mieux vaut donc ne pas s’y intéresser, et même rejeter le papa et la belle-mère pour être sûr de respecter ses vœux d’allégeance à la mère (tout cela est souvent inconscient bien sûr).
Comment aider ? Si possible, solliciter l’autre parent pour qu’il verbalise qu’il est heureux que ses enfants accueillent un petit frère/une petite sœur et qu’il est à l’aise avec l’agrandissement de la famille de son ex : « j’ai hâte de voir les photos du bébé ! ».
- Errance de place.
S’ils avaient une place prioritaire lors des semaines de garde, l’arrivée du bébé peut destituer certains privilèges et diluer l’attention adulte – ce qui arrive à tous les aînés, mais peut être plus vif chez des enfants de parents séparés.
Comment aider ? Valoriser leur nouveau rôle et leur sentiment d’appartenance : grand frère protecteur, grande sœur câline. Pourquoi pas une séance photo familiale, et les inclure dans les préparatifs/soins du bébé, adaptés à leur âge.
Famille recomposée et grossesse : tensions avec l’ex-conjoint
- Possibilité d’animosité renouvelée.
Selon la maturité psycho-affective du deuxième parent biologique, la rivalité peut se raviver face à la concrétisation de votre foyer : messages intrusifs, changements d’horaires de dernière minute, voire propos créant du conflit de loyauté chez l’enfant.
Comment aider ? (Re)poser des limites, rassurer les enfants sur l’amour porté sans dénigrer l’autre parent, et demander une médiation si, avec le temps, les conflits ne s’apaisent pas.
Si, malgré vos tentatives, colère, tristesse, épuisement ou frustration vous débordent, consultez un professionnel. Le post-partum vulnérabilise : demander de l’aide dans cette période de la vie est plus que recommandé. De même pour le papa, si vous culpabilisez lorsque vous passez du temps à vous occuper de bébé plutôt que de vos enfants de votre première union, un suivi peut être pertinent.
N’hésitez pas à partager le récit de cette période, ou ce qui vous a aidé à traverser ce changement de cycle, en commentaire ci-dessous.
Prenez soin de vous et de votre famille,
Elvire Alessandrini
La psy des belles-mères